« grandir en placement familial au 21ème siècle »

« Grandir en placement familial au 21ème siècle »

Tous les articles du colloque sont publiés dans la « Revue de l’enfance et de l’adolescence no 90, ères 2014 » et accessibles sur le site de www.cairn.info

Argument

« Le placement des enfants en danger est une entreprise qu’il est très difficile de mener à bien, qui demande beaucoup d’intelligence, de dévouement et d’énergie pendant de longues années et pour un résultat qui n’est pas toujours assuré. Nous qui organisons le placement d’enfants « en temps de paix », nous sommes parfois saisis par l’idée qu’il s’agit d’une mission impossible. Les issues heureuses, les évolutions favorables ne s’apprécient qu’après bien des années d’efforts. Il en existe cependant et elles nous permettent de garder espoir ».
Winnicott
Mettre à distance de ses parents l’enfant au nom du danger produit une rupture qui pour inévitable et violente qu’elle soit semble pourtant nécessaire. C’est une décision qui engage la responsabilité de l’ensemble des acteurs impliqués dans la prise en charge de l’enfant et de sa famille.
« Rien de mieux que la famille » ?
La loi 2007 et les politiques publiques n’ont jamais autant affirmé le droit des parents et autant priorisé la contractualisation avec les familles. Cette évolution conduit le dispositif de protection de l’enfance à résister à la séparation de l’enfant d’avec sa famille, mettant – au nom du droit – parents, enfants et professionnels face à des mesures réglementaires qui génèrent tension et malaise. Pour la famille d’accueil aussi cela rend difficile son engagement dans l’histoire de l’enfant.
Nous assistons à une fragilisation de la place de ce dernier, de plus en plus nomade, déplacé d’une famille à l’autre. Malgré cette précarité instaurée, nous devons permettre à l’enfant séparé et placé de se construire.
Pour lui, la famille d’accueil n’est pas toujours une terre d’accueil, et la famille d’origine reste une terre promise. Pourtant c’est auprès de l’une et de l’autre qu’il va puiser repères, appuis, modèles. C’est vers l’une ou l’autre qu’il se tournera (trouvant ou non une réponse) après sa majorité au fil des évènements de sa vie. Alors, qu’est-ce qui « fait famille » pour l’enfant ?
Prendre soin d’un enfant placé c’est aussi « prendre soin » de ses parents !
Le père ou la mère est sujet de la discussion, sujet d’observation, sujet de droit, sujet à caution…, assujetti à l’institution. Avons-nous le souci du parent ou attendons-nous juste qu’il adhère à la contrainte ? Il nous appartient de le reconnaître alors même qu’il a été privé de son enfant et que la séparation le désapproprie quotidiennement d’une grande partie de ses fonctions.
Il y a de l’irréparable dans l’histoire des familles dont les enfants sont placés. Que faisons-nous de cet irréparable ? Les parents participent de façon consciente ou non, à ce que certains cliniciens appellent la rupture du « pacte symbolique » qui les unit à leur enfant. De leur côté, les institutions ont une responsabilité dans les effets de déliaison contenus dans les propositions de placement.
Notre regard sur les parents et notre façon d’accueillir leurs possibles et leurs empêchements vont permettre à l’enfant de construire ses représentations et son propre récit de son histoire familiale.
Le Placement Familial du XXIème siècle peut-il encore être pensé comme un soin ? La séparation comme un « acte thérapeutique » ?
Qu’en est-il aujourd’hui pour les enfants placés de la nécessaire élaboration de la rencontre avec les drames psychiques propres au lieu familial : le mystère des origines, l’élaboration du lien premier à la mère, l’avènement du tiers, la différence des sexes et l’interdit de l’inceste ? Quels sont les destins de ces interrogations psychiques structurales pour le sujet enfant dans le contexte actuel ?
Culture gestionnaire de l’institution, paupérisation de la pédopsychiatrie, illusion de la réparation… risquent de délégitimer notre mission et de laisser l’enfant à sa solitude. Les concepts de traumatisme, de répétition et de séparation psychique restent au centre de notre réflexion, même si la pression est forte de céder au factuel, à l’urgence.
Au cours de cette journée d’étude, nous tenterons de nous dégager des pièges de l’idéalisation, de dépasser colère, indignation et découragement, en évitant les écueils de la pensée déterministe et de l’application stricte de protocoles. Ainsi nous pourrons mettre au travail nos pratiques d’accompagnement en Placement Familial afin qu’elles soient réellement centrées sur l’enfant et les liens qui le constituent.

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